Aujourd’hui, Nous avons de nouveaux voisins.

18 oct

Quand Patronne et l’Autre ont vu que deux personnes avaient emménagé dans l’appartement d’en face, Elles ont été prises d’une irrépressible curiosité (un peu comme à la fin d’un épisode de la saison VI de Kaamelott). Patronne a posé des congés et l’Autre s’est faite porter pâle pendant une dizaine de jours pour pouvoir organiser une ronde d’observation permanente des nouveaux arrivants, mais ceux-ci ont échappé à leur surveillance (la faute à un cake chocolat-framboise de l’Autre qui a le pouvoir immédiat de faire abandonner à Patronne toutes bonnes résolutions prises dans l’heure précédente -soit deux fois plus rapidement que la vitesse d’abandon sans cake au chocolat).

Puis l’Autre a découvert que ces nouveaux riverains avaient eu la bonne idée de mettre leurs noms sur la boite aux lettres sur laquelle on pouvait lire : Tamás et Csaba.

TAMÁS ET CSABA.

Des noms qui sentent l’hormone et le happy-end.

Subitement, une vague d’images de leur enfance dans les années 90 a surgi, Elles se sont vues dans Les filles d’à côté, Hélène et les garçons, le Miel et les Abeilles et Premier Baiser. Toute une époque où les séries tournées en studio offraient aux fillettes comme rêve ultime l’espoir de faire un jour baisser les yeux de leur séduisant voisin d’en face.

Jusqu’au jour où Elles ont vraiment croisé Tamás et Csaba en sortant de l’ascenseur et où il a fallu se rendre à l’évidence de leur absence totale de points commun avec Nicolas et Cricri d’Amour. Les années 90 n’étaient clairement pas aussi roses en Hongrie qu’en France.

Aujourd’hui, Patronne a piqué du nez pendant une conférence.

17 oct

En soi, ça n’a rien d’exceptionnel, surtout quand on connait sa propension à la narcolepsie en réunion. Mais même moi, qui prône le sommeil à outrance et est capable de m’endormir n’importe où, dans n’importe quelles conditions, je trouve que se mettre à pioncer quand on est au premier rang d’une conférence et qu’on a un interprète personnel qui se met en quatre pour vous procurer une traduction simultanée de qualité susurrée dans l’oreille gauche, on fait un peu gaffe, sinon ça la fout mal. Surtout quand l’un des conférenciers fait une blague sur le fait que Patronne roupille sous leurs nez et n’en a visiblement rien à carrer de la violence en milieu scolaire dans l’est de la Hongrie et que l’interprète est obligée de lui donner un coup de coude pour la réveiller avant de lui traduire. Grande classe.

Aujourd’hui, la vie reprend son cours

31 août

Chers lecteurs, je sais, votre été a été gâché par l’absence de lectures proposées sur ce blog et tous les Marc Lévy et autres Guillaume Musso n’ont pu vous consoler de ma prose. Si cela peut vous rassurer, moi aussi j’ai passé un été pourri, et pas uniquement à cause de la chaleur.

Chapitre 1 : l’abandon

L’Autre, avec ses vacances royales de prof du secondaire, s’est éclipsée à peine les cours terminés. Et on ne l’a plus vue pendant 2 mois. On a reçu une carte postale d’Odessa, un mail qui raconte qu’Elle sait manœuvrer un bateau et faire des nœuds sur un voilier, et puis c’est tout.

Chapitre 2 : la solitude

Patronne a travaillé comme une furie, et les rares fois où Elle a mis les pieds à la maison, c’était principalement pour comater devant une série en mangeant des pois chiches. Puis Elle a pris deux semaines de vacances dont Elle est revenue fatiguée.

Chapitre 3 : la trahison

Pour arrondir leurs fins de mois, Patronne et l’Autre, sans me demander mon avis, ont décidé de sous-louer l’appartement pendant l’été. Et voilà qu’à deux reprises, je me suis retrouvée avec une famille de 5 personnes dans MON appartement. Comme la première famille n’avait pas bien compris qu’elle empiétait sur mon territoire malgré tous mes miaulements diurnes et nocturnes, je suis passée à la vitesse supérieure avec la seconde famille en marquant mon territoire à grand renfort de crottes stratégiquement déposées. Ça leur apprendra.

Conclusion : retour à la normale

Enfin, l’Autre est rentrée et Patronne a repris un rythme de vie à peu près décent. De mon côté, j’essaie de rattraper ces deux mois en les forçant à me papouiller jour et nuit. Elles n’ont pas fini de payer ce désastreux été.

Aujourd’hui, j’ai chaud.

1 juil

L’été est arrivé à Budapest. Et toutes les suggestions quant à la position permettant d’avoir le plus de surface de mon corps en contact avec le sol sont les bienvenues. Merci d’avance.

Aujourd’hui, je mets fin à des mois de souffrance insurmontable.

25 juin

Ça m’a pris six mois, mais enfin, j’y suis arrivée. A force de patience, d’ingéniosité, de calculs et de stratégie, j’ai réussi. Cette nuit, vers trois heures du matin, j’ai pu à nouveau ouvrir la porte de la chambre de Patronne. Vous vous souvenez que, lorsque les Grands-Patrons sont venus, Patronne a eu la cruauté de demander à Grand-Patron de changer la position de sa poignée de porte pour que je ne puisse plus entrer chez Elle. Grand-Patron s’était exécuté avec un rire sadique, malgré mes miaulements de supplication (je vous jure, ça s’est passé comme ça). Et bien, depuis cette nuit, mon exil est terminé. J’ai réussi à entrer comme si de rien n’était et venir miauler gracieusement à l’oreille de Patronne. Je ne vous raconte la délivrance que ce fut pour moi.Il faut le savoir, je triomphe toujours de l’esprit tordu des humains.

Voilà, Frères humains, sachez-le, vos amis les bêtes auront toujours le dernier mot. N’essayez pas de nous brimer, nous nous vengeons toujours. (Je peux vous dire que maintenant, Patronne, regrette amèrement ce qu’Elle m’a fait). L’Autre m’a raconté hier qu’en Ukraine, des milliers de chiens et chats errants ont été tués pour que les gens pensent qu’en Ukraine, il n’y a que du foot, des jolis paysages et une économie florissante. Pas de chiens errants, pouah, ça, c’est pas bien. Je me demande comment vont faire les rescapés pour se venger. Mais j’imagine que ce sera d’une autre envergure que l’ouverture d’une porte. C’est là que je me dis que je suis bien contente d’être une chatte chinoise de Budapest.

Aujourd’hui, Patronne et l’Autre on mangé leur première Tomate.

21 juin

Une Tomate chouchoutée, arrosée, papouillée en direct de notre balcon. The Tomate. La première de l’été issue de la production locale de la Colocationie.

Produite sur un balcon de 1 m², mangée sur ce même balcon de 1 m², une production en circuit court à faire pâlir les locavores.

Depuis que Patronne a découvert que la mort des plantes qu’Elle approchait à moins de 3 m n’était pas une fatalité et qu’avec un peu de soin, Elle aussi pouvait faire pousser quelque chose, Elle a subitement envahi l’appartement avec moultes verdures à l’espérance de vie plus ou moins longue. L’Autre prend les paris (Elle avait parié sur la mort du basilic, du persil et de la menthe, et sur la vie des géraniums, du spatiphylum, du tournesol et des plants de tomates, et Elle a eu 4 réponses justes sur 7).
Comme Patronne parle aux tomates et les arrose amoureusement tous les jours en prenant son petit déjeuner, les plants de tomates le lui rendent bien.

Patronne a découpé religieusement la Tomate en quartiers, l’a présentée sur une coupelle japonaise que-si-on-la-casse-Elle-nous-tue, et pour la première fois dans l’histoire de son alimentation, l’Autre n’a pas rajouté de sel dessus.

S’en est suivi un concert de Mmmmm, et de Miaaaaamm et autres Whaouuuu tellement qu’elle était bonne cette Tomate. La plus grande surprise étant qu’on ne sentait presque pas le goût des gaz d’échappement -car oui, ça reste une tomate de balcon de capitale la plus polluée d’Europe.

Evidemment, après ça, Elles se sont jetées sur un vrai repas, parce qu’avec une tomate pour deux toutes les deux semaines, Elles ne vont pas vraiment aller loin dans l’autosuffisance.

 

Aujourd’hui, j’ai croisé Patronne dans un couloir.

14 juin

Elle a voulu me parler, et Elle ne se souvenait plus de mon nom.

Il faut dire que ça faisait un bail qu’on ne s’était pas vues. Je ne vois pas grand monde, ces derniers temps. A vrai dire, il y a deux tendances chez les Kot.

Ces derniers temps, Patronne a adopté un nouveau mode de vie qui consiste à se lever à 6h pour répondre à ses mails, partir à 8h pour aller travailler, sortir du travail vers 21h sans avoir mangé, attraper un morceau de pain en rentrant à la maison et le manger devant son ordinateur en apprenant le html tout en faisant des to-do list en ligne avec Celui qui a l’air un peu Japonais. Quand Elle tombe totalement de sommeil, vers 2h, Elle s’effondre dans son lit et ronfle jusqu’au matin (parfois en réussissant à dormir plusieurs heures la face dans l’oreiller sans défaire son chignon). D’autres fois, Elle enchaine après le travail avec des soirées mondaines  en compagnie d’écrivains, de Chefs cuisiniers ou de réalisateurs et dont Elle rentre fourbue, mais heureuse. Dans ces cas-là, en rentrant, Elle commence généralement par jeter ses chaussures à talons à peine la porte d’entrée passée, puis traine son corps rempli de petits fours et de canapés au saumon arrosés de vin rouge jusqu’à son lit.
Le week-end, Elle lit fébrilement, soit les auteurs qu’Elle doit interviewer la semaine suivante, soit pour sa thèse, en faisant des pauses pour faire des lessives, et Elle râle si je monte sur le bureau pour réclamer des caresses.
Nous avons donc arrêté de nous fréquenter.

L’Autre a un emploi du temps légèrement différent, mais qui ne me permet pas vraiment d’avoir de longues discussions non plus. Quand Elle n’est pas en week-end en Belgique, en Bretagne ou près des lacs hongrois, Elle prépare ses vacances en Ukraine, pèse le pour et le contre d’un séjour en Toscane et rêve de la croisière qu’Elle a prévu cet été. Heureusement qu’Elle conserve quand même des horaires de sommeil corrects, car depuis que j’ai divorcé de Patronne (qui ne s’en est même pas rendu compte), je dors dans la chambre de l’Autre (Elle, au moins, ne me chasse pas à coups de pieds).

Je suis donc réduite à partager des ronflements ou des silences. J’ai opté pour les ronflements. De l’Autre.

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